Les nouveaux chiffres clés de l'érosion en Aquitaine

L’érosion côtière ne serait pas un problème en Aquitaine sans la présence humaine et l’implantation d'activités trop proches de l'océan. Même si une grande partie du littoral de la côte sableuse a pu être préservée d’une urbanisation accrue à proximité du trait de côte, le littoral aquitain est néanmoins exposé à des risques importants d'érosion. C'est pourquoi le GIP Littoral a souhaité actualiser le diagnostic du risque et de la sensibilité à l'érosion sur le littoral

Contexte

Depuis 2012, l'Aquitaine est dotée d'une stratégie régionale de gestion de la bande côtière, qui décline la stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte, publiée la même année par le Ministère de l'Ecologie. Le socle de cette stratégie régionale est un diagnostic de la sensibilité régionale à l’érosion côtière.

Lors de l’hiver 2013/2014, le recul du trait de côte a atteint en certains points la position prévue pour 2020, voire 2040. Après ces tempêtes, les connaissances produites sur l'aléa érosion sont devenues obsolètes. Il était donc nécessaire de réévaluer les projections de recul du trait de côte et d’actualiser l’évaluation des enjeux menacés en prenant en compte ces nouvelles projections.

Chiffres clés de l'aléa érosion en Aquitaine

À la demande de ses partenaires, dont le GIP Littoral, l’Observatoire de la Côte Aquitaine a produit en décembre 2016 un rapport actualisant les projections du recul du trait de côte à l’horizon 2050. Ce rapport intègre de nouveaux paramètres, comme la possibilité de survenance de reculs brutaux lors de tempêtes et de mouvements de falaise, et une tentative d’évaluation de l’impact du changement climatique sur les reculs.

             

Sur la côte rocheuse, les impacts d’évènements majeurs de tempêtes se matérialisent par des reculs généralement ponctuels et instantanés. Ces reculs résultent de mouvements de falaise dont l’ampleur est dépendante des configurations des falaises : caractéristiques géologiques, géomorphologiques, géomécaniques, hydrogéologiques, etc.

Sur la côte sableuse, le recul du trait de côte lié à l’impact d’un événement majeur, à travers une ou plusieurs tempêtes, se manifeste par des entailles d’érosion du cordon dunaire. Ces entailles sont corrélées à la localisation des barres sableuses sous-marines. Ces systèmes étant mobiles sur l’ensemble du littoral, il n’est pas possible de déterminer la position exacte des futures entailles d’érosion.

Pour plus de détails sur les modalités de calculs de ces chiffres clés, se rapporter à l’étude de l’Observatoire de la Côte Aquitaine « Caractérisation de l’aléa recul du trait de côte sur le littoral de la côte aquitaine aux horizons 2025 et 2050 » - BRGM RP-66277

Pour plus de détails sur les différences entre l'érosion des côtes sableuses et rocheuses se rapporter à l'étude du BRGM "Analyse des définitions et méthodes d'évaluation de l'aléa recul du trait de côte et articulation avec l'aléa mouvement de terrain" - BRGM-RP65871

Impacts du changement climatique :

Le changement climatique pourrait amplifier le recul naturel du trait de côte. L'Observatoire de la Côte Aquitaine a réalisé une « première approximation » « à titre indicatif » pour estimer l'impact du changement climatique sur le recul du trait de côte. Voici les premiers résultats dans l'hypothèse d'une élévation du niveau de la mer de 10 à 50 cm d'ici 2050 :

  • + 20 m sur la côte sableuse ;
  • + 10 m sur la côte rocheuse.

Ces résultats, obtenus en utilisant la règle de Bruun, sont à exploiter avec la plus grande précaution du fait des « nombreuses incertitudes inhérentes aux hypothèses et à la méthode » qui nécessitent « des investigations plus poussées qui relèvent du domaine de la recherche ».

En effet, si l’élévation du niveau de la mer est désormais certaine et son estimation de plus en plus fine (+55 à +82 cm à l’horizon 2100 selon les maximum des scénarios du GIEC - RCP 2.6 et 8.5), il s’avère que ce paramètre n’est actuellement pas le moteur principal de l’érosion sur le littoral aquitain et ne devrait pas l’être avant le milieu du siècle. La variabilité du trait de côte est principalement expliquée par les vagues, le bilan sédimentaire et la variabilité des épisodes de tempêtes pour la côte sableuse, et par la nature des roches et les précipitations pour la côte rocheuse.

L’analyse des effets du changement climatique sur ces paramètres, leur quantification et leur combinaison est un véritable défi scientifique. Dans la mesure où il n’existe pas d’approche générique pour répondre à ces problèmes, la poursuite des recherches dans ce domaine est une nécessité.

Le comité scientifique sur le changement climatique "AcclimaTerra" a publié en 2018 un rapport sur l’état des connaissances sur les effets du changement climatique sur le littoral aquitain. Plus d'informations sur leur site  : www.acclimaterra.fr

Chiffres clés des enjeux menacés par l'érosion en Aquitaine

Sur la base de ces nouvelles connaissances de l'aléa érosion, le GIP Littoral a actualisé l'évaluation des enjeux exposés au recul du trait de côte à l'échelle régionale. Cette étude a été cofinancée par l’Union Européenne avec le Fonds européen de développement régional, par l’Etat et par la Région Nouvelle-Aquitaine.

   

Méthodologie simplifiée pour le dénombrement des enjeux menacés :

  • inventaire des bâtiments dans les bandes d’aléa érosion (BD Parcellaire de l’IGN) ;
  • attribution d’une « durée de vie » en fonction de la distance au trait de côte, du Tx (taux de recul moyen) et du Lmax (reculs brutaux) ;
  • recensement du nombre de locaux dans chaque bâtiment : appartements, locaux d’activités, etc. (BD MAJIC des services fiscaux - DGFiP) ;
  • détermination du nombre de logements et d'activités menacés à l’horizon 2050.

Estimation selon plusieurs hypothèses :

  • avec ou sans les ouvrages de protection existants sur le trait de côte ;
  • avec ou sans la survenance de reculs brutaux liés à des tempêtes ou des mouvements de falaises.

Il convient de noter que cette évaluation des enjeux au niveau régional peut différer des diagnostics réalisés dans le cadre des stratégies locales. Les différences s'expliquent par des hypothèses différentes entre l'échelon local et régional : horizons temporels, prise en compte ou non des ouvrages de protection existants, dénombrement des logements ou des bâtiments, etc.

Du fait des très fortes incertitudes associées aux effets du changement climatique sur le recul du trait de côte, le GIP Littoral n’a pas dénombré les bâtiments menacés dans la bande de sur-aléa liée au changement climatique.

Pour en savoir plus, téléchargez la plaquette de présentation de la stratégie régionale et des chiffres clés.

Des stratégies locales pour trouver les solutions opérationnelles les plus adaptées :

Pour faire face à ce recul du trait de côte, les collectivités locales du littoral aquitain présentes sur les secteurs prioritaires identifiés par la stratégie régionale ont engagé des stratégies locales de gestion de la bande côtière.

Il est également attendu de ces résultats, ainsi que des études similaires menées à l'échelon national par le CEREMA, au vu de l'ampleur des enjeux concnernés, que des réponses opérationnelles soient apportées aux territoires dans le cadre de la stratégie nationale et d'évolutions législatives, mises en avant par le GIP Littoral depuis l'appel à projets national sur la relocalisation.