Population présentielle : expérimenter une méthode d'estimation fondée sur les données "Déchets"

Jeudi, 22 octobre, 2020

 

Une problématique spécifique aux territoires littoraux et touristiques

Pour l’ensemble des territoires, la question démographique est un enjeu majeur au regard des réponses que les collectivités doivent apporter en termes de logements, d’équipements et de services, de mobilités, pour garantir la qualité du cadre de vie. La connaissance fine de la population, de ses caractéristiques et de ses évolutions (attractivité / déprise, vieillissement, lien domicile / travail, etc.) constitue alors une donnée cruciale pour tenter d’appréhender au mieux l’aménagement du territoire et son fonctionnement. Pour la plupart des territoires, la question démographique s’appuie essentiellement sur la prise en compte et l’anticipation des besoins et usages de la population dite permanente, c’est-à-dire résidente à l’année. Pour répondre à ce besoin, le GIP Littoral a produit en 2020 un rapport sur les projections démographiques à 2040 à l’échelle des EPCI des Schémas de cohérence territoriale du littoral de Nouvelle-Aquitaine.

Pour les collectivités littorales, il s’agit également de prendre en compte les variations liées à la présence de la population touristique, de celle qui vient à la journée ou pour quelques jours seulement (bi-résidentiel, propriétaires de maison secondaire...). On parle alors de population dite présentielle. L’estimation de cette population présentielle est une problématique qui revient régulièrement au sein des territoires littoraux, notamment au moment où il s’agit de se projeter à 10 ou 15 ans, à savoir lors de l’élaboration d’un Schéma de cohérence territoriale (SCoT) d’un Plan local d’urbanisme (PLU), ou encore  d’un Plan local pour l’habitat (PLH). Pour autant, les méthodes existantes sont peu nombreuses et reposent uniquement sur des estimations fondées sur la capacité des hébergements touristiques.

 

Un premier modèle expérimental proposé par le territoire du Bassin d'Arcachon-Val de l'Eyre

Pour tenter de résoudre cette question à l’échelle de son territoire (Communauté d’Agglomération du Bassin Nord, Communauté de communes du Val de l’Eyre et Communauté de Communes du Bassin d’Arcachon Sud), le Syndicat Mixte du Bassin d’Arcachon-Val de l’Eyre, en charge de l’élaboration du SCoT, a tenté  d’élaborer un modèle d’estimation de la population présentielle en s’appuyant sur deux types de données : les données « eau » avec les volumes d’eau livrés au réseau (VLAR) et les données « déchet » les tonnages issus de la collecte des ordures ménagères résiduelles (OMR). Ces deux types de données, à condition d’obtenir leur quantification mensualisée sur un périmètre géographique constant, répondent à un même postulat : eau potable consommée et production d’ordures ménagères, sont positivement corrélées à la population présente sur un territoire. L’analyse de ces données a donc permis d’avoir une idée de la variation de la population présente sur le territoire. Pour autant de nombreuses limites ont été soulevées à la fin des travaux :

Données "eau"

  • les VLAR sont des volumes livrés au regard de consommation de l’année précédente, ils ne reflètent pas les volumes réellement consommés.
  • la fiabilité des données issues des délégataires n’est pas garantie, notamment lorsqu’il s’agit du taux de rendement,
  • à défaut de télérelève, les données sont difficilement disponibles mensuellement et leur accessibilité est compliquée.  

Données "déchets"

  • le tonnage d’ordure est calculé à l’échelle du syndicat de ramassage des ordures ménagères, périmètre qui ne correspond pas forcément aux périmètres institutionnels (commune, intercommunalité).
  • l'obtention de données mensualisée et complexe et chronophage.

Malgré les biais identifiés, le modèle développé par le Sybarval présentant un caractère innovant, n’ayant pas d’équivalent dans les études d’estimation de la population présentielle et par ailleurs potentiellement reproductible sur d’autres territoires littoraux, il a été décidé de l’expertiser et de viser son amélioration.

 

Un projet partenarial visant la construction d'un outil fiable et reproductible

Afin d’aller plus loin, une demande d’accompagnement technique a été formulée auprès de l’Agence d’Urbanisme de Bordeaux Métropole dans le cadre du programme de travail partenarial avec le Conseil Régional Nouvelle-Aquitaine et les services de l’Etat (DREAL). Il s’est agi pour l’Aurba d’expertiser la fiabilité des données « eau » et « déchets », de vérifier sa qualité dans le cadre d’un traitement statistique, de la comparer avec d’autres données (population, logement, trafic routier, tourisme, données socio-éco…) et de proposer une méthodologie pour l’exploiter et déboucher sur une estimation. L'Observatoire du Comité Régional Touristique Nouvelle-Aquitaine, également associé, a apporté son expertise sur l’ensemble des données touristiques existantes et les méthodologies déjà déployées pour tenter de résoudre la question. Le GIP Littoral, quant à lui, a permis de faire le lien avec les services déchets des territoires littoraux et de récupérer les données nécessaires à l’expérimentation (Communauté d’agglomération de La Rochelle, Communauté d’agglomération de Royan-Atlantique, Cdc Médoc Atlantique, Cdc Cœur de Presqu’île, Cdc Côte Landes Nature, Cdc du Seignanx et Cdc MACS). Au final, seules les données déchets ont été retenues sur la période 2014-2016, les données « eau » ayant été jugées trop difficiles à récolter.

Les grandes étapes de la méthode sont :

  • La récolte des données (communale, mensuelle sur une année complète);
  • L’ajustement par mois de la population résidente basé sur les données recensement de l’INSEE;
  • La production individuelle de déchets = tonnage global mensuel / nombre d’habitant permanent);
  • L’estimation de la population présentielle en équivalent habitant = tonnage brut mensuel / la production individuelle de déchets;
  • La population présentielle non-résidente = estimation de la population présentielle en équivalent habitant – population permanente ajustée.

 

Une méthode qui ne permet pas d'offrir un chiffre, mais des ordres de grandeur cohérents

Même consolidée, la méthode d’estimation ne peut voir le jour qu’en se reposant sur des postulats fragiles tels que « un résident produit autant de déchet à toutes période de l’année », « un non-résident produit autant de déchet qu’un résident », « le ramassage est régulier, non délégué et fait l’objet d’une pesée précise », « il n’y a pas de touristes, ni d’excursionnistes, mais que des équivalents-habitants », etc. Par conséquent, elle ne peut être considérée aujourd’hui comme un instrument de mesure précis et fiable, mais un outil permettant d’appréhender les flux touristiques au fil des mois et des années.  Concrètement le travail a abouti à l’élaboration d’ :

  • Une note méthodologique permettant de mettre en œuvre pas à pas, pour les collectivités qui le souhaitent, les étapes de l’estimation, de la collecte des données liées au déchets jusqu’à l’estimation du nombre de « non-résidents ».
  • Un dataviseur qui permet d’illustrer et de comparer sous différentes formes l’évolution de la population non-résidente sur les territoires (dont les données ont été récupérées dans le cadre de l’étude).

 

En tout état de cause, la mobilisation de ces outils dans le cadre d’une réflexion SCOT, PLU(i) ou même Aménagement Durable des Stations et des Territoires littoraux, nécessite un accompagnement méthodologique rapproché. Cet accompagnement peut être sollicité auprès du GIP Littoral à tout moment.