Adapter nos littoraux au changement climatique : adoption de la Stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte jusqu'en 2030
Nouvelle SNGITC 2030 : un cadre renouvelé pour l’adaptation des littoraux
La nouvelle Stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte (SNGITC) a été approuvée par le décret n° 2026-803 du 20 août 2026. Elle constitue désormais le cadre national de référence pour anticiper et accompagner l’évolution du littoral face au changement climatique, avec un programme d’actions couvrant la période 2025-2030.
Cette nouvelle stratégie s’inscrit dans la politique nationale d’adaptation au changement climatique, portée notamment par le PNACC-3 et la TRACC, qui retient comme référence un réchauffement d’environ +4 °C en France hexagonale à l’horizon 2100. La SNGITC en constitue la déclinaison pour les territoires littoraux, particulièrement exposés à l’érosion et à l’élévation du niveau de la mer, en accompagnant les collectivités dans la définition de trajectoires d’adaptation à moyen et long terme.
La stratégie s’inscrit dans la continuité des précédentes politiques de gestion du trait de côte. Son architecture demeure structurée autour de cinq axes : approfondir et partager la connaissance, engager les territoires dans une trajectoire d’adaptation, mobiliser les outils d’adaptation, impliquer et sensibiliser les acteurs, financer l’adaptation des littoraux.
Par rapport au projet soumis à consultation publique en 2025, plusieurs évolutions peuvent néanmoins être relevées.
1. Sur l’articulation entre recul du trait de côte et prévention des inondations, la version finale prend en compte l’évolution du cadre juridique intervenue en 2026. La loi du 19 mai 2026 a en effet abrogé l’article L.566-8 du Code de l’environnement relatif aux stratégies locales de gestion des risques d’inondation (SLGRI). La SNGITC retient désormais, dans son action B3.3, un objectif de cohérence entre les PAPI et les programmes d’actions des stratégies locales de gestion intégrée du trait de côte (SLGITC).
2. Concernant la recomposition spatiale, le développement des projets partenariaux d’aménagement (PPA) “Trait de côte”, explicitement envisagé dans le projet présenté en 2025, n’apparaît plus parmi les actions de la stratégie finale. Celle-ci met notamment l’accent sur la maîtrise et le portage fonciers, avec la mobilisation des établissements publics fonciers et le renforcement de la coordination entre acteurs fonciers.
3. La gouvernance et l’utilisation des données littorales sont renforcées. La stratégie prévoit notamment que la coordination et la mutualisation de leur production puissent s’appuyer sur des comités territoriaux de la donnée (CTD). Elle précise également le rôle des espaces communs de données territoriaux, appelés à alimenter les jumeaux numériques territoriaux et le Jumeau numérique national, notamment pour la simulation de scénarios climatiques et de trajectoires d’adaptation.
4. Le champ des connaissances à développer s’élargit également au rétro-littoral. Une nouvelle action A3.2.b prévoit ainsi de lancer une étude sur les conséquences de la montée du niveau de la mer pour l’agriculture et la ressource en eau, avec des résultats attendus d’ici 2030.
5. Enfin, l’axe consacré au financement évolue dans sa formulation et son approche. L’action E1 est désormais intitulée « Mieux mobiliser les outils existants ». Elle recense plusieurs leviers déjà mobilisables : accompagnement de l’État, établissements publics fonciers, agences de l’eau, Banque des Territoires, financements régionaux et départementaux, GEMAPI ou encore contrats de plan État-Région ; il ne comporte plus l’objectif de concevoir une réponse structurante pour son financement, contrairement à la version portée à la connaissance du public en 2025.
Ces évolutions ne modifient donc pas l’architecture générale de la SNGITC, mais elles apportent plusieurs inflexions opérationnelles : recentrage des outils de recomposition spatiale sur le foncier, structuration de la gouvernance des données, développement des usages numériques et prise en compte renforcée des enjeux liés à l’eau et à l’agriculture, et pas de réponse ad hoc sur le financement.
La Stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte est consultable ici.
Une déclinaison régionale et locale en Nouvelle-Aquitaine
En Nouvelle-Aquitaine, les orientations de la SNGITC trouvent une déclinaison opérationnelle depuis 2012 à travers la Stratégie régionale de gestion de la bande côtière (SRGBC) qui constitue ainsi un cadre commun de gouvernance et d’action, destiné à favoriser des décisions partagées et concertées entre l’État, les collectivités territoriales et les différents acteurs concernés. Elle invite ainsi les territoires à examiner les différentes modalités de gestion possibles (sans exclusion a priori), y compris les démarches de recomposition spatiale et de relocalisation des enjeux lorsque celles-ci apparaissent nécessaires. Un lien étroit est assuré entre la stratégie régionale et les démarches de planification du littoral d’une part, et les projets d’aménagement pensés dans le cadre Projets d’adaptation des territoires littoraux d’autre part.
Les orientations de la SRGBC convergent largement avec celles de la nouvelle SNGITC : encourager l’élaboration de stratégies locales, inscrire les territoires dans des trajectoires d’adaptation, améliorer les connaissances afin d’objectiver les décisions, favoriser une approche articulée des risques d’érosion et de submersion marine, et renforcer l’implication des acteurs et des populations.
Pour accompagner les collectivités dans cette démarche, la Nouvelle-Aquitaine s’appuie également sur le Guide de l’action locale, qui précise les principes méthodologiques et les modalités de mise en œuvre des stratégies et programmes d’actions locaux. Ce guide constitue un outil d’aide à la décision, proposant un socle de méthodes communes à l'ensemble du littoral néo-aquitain tout en laissant aux territoires la possibilité de les adapter à leur contexte.
Actuellement en cours de révision, ce guide a vocation à intégrer les évolutions récentes du cadre national et réglementaire ainsi que les retours d’expérience issus de plusieurs années de mise en œuvre des stratégies locales. Cette actualisation doit notamment permettre de conforter l’articulation entre connaissance des aléas, choix des modes de gestion, planification territoriale, programmation des actions et trajectoires d’adaptation.
La stratégie régionale de gestion de la bande côtière est disponible ici