Les rechargements des plages, une gestion de l'érosion nécessaire au maintien des enjeux littoraux
Engagés dans des stratégies locales de gestion du littoral, les trois territoires (Soulac-sur-Mer, La Teste-de-Buch et Hendaye) ont choisi, entre autres, de privilégier un mode de gestion dit « souple » afin de s’adapter au recul du trait de côte. Concrètement, cette approche se traduit par la mise en œuvre d’opérations de rechargement des plages en sable sur différents secteurs. Ces rechargements peuvent être réalisés par voie terrestre (camions) ou maritime. Cette dernière méthode requiert des moyens techniques hydrauliques spécifiques, notamment la mobilisation de navires spécialisés. Moins coûteux et plus respectueux du paysage que les digues ou les enrochements, le rechargement en sable, est un mode de gestion nécessaire sur certains secteurs permettant de contenir l’érosion, tout en limitant les dépenses.
- Le rechargement des plages de la Teste-de-Buch par le Syndicat intercommunal du bassin d’Arcachon (SIBA) - action en cours
Les passes du Bassin d’Arcachon peuvent être définies comme un milieu complexe, constitué de plusieurs bancs sableux et fortement soumis à la houle, aux courants. Ce système fait l’objet de suivi et d’analyse dans le cadre des stratégies locales de gestion de la bande côtière sur les communes de Lège-Cap-Ferret et de La Teste-de-Buch, portées par le SIBA. Ces stratégies visent à définir des modes de gestion adaptés pour répondre aux enjeux de gestion du trait de côte et notamment dans ces secteurs urbanisés. Aussi, dans le cadre de la stratégie locale de La Teste-de-Buch, il a été validé localement que des rechargements des plages de Pyla-sur-Mer devaient être réalisés en complément des actions d’entretien des perrés assurées par les propriétaires privés constitué en association syndicale autorisée (ASA) pour à la fois stabiliser l’estran en pied des ouvrages, maintenir une accessibilité aux plages et établir un meilleur amortissement des houles.
Le SIBA réalise donc tous les deux ans des opérations d’entretien des plages du Pyla-sur-Mer afin de maintenir les acquis du réensablement massif de 2003 (1,1 millions de m3). Aussi, il est procédé à un apport de 170 000 m3 de sable, selon la perte évaluée en janvier par les levés topographiques. A partir de cette année, le réensablement de la zone de l’encoche dunaire de la Corniche est ajouté au linéaire habituel avec un apport de 33 000 m3 afin de conforter la zone et limiter le recul du trait côte qui s’est accentué ces dernières années.
Pour permettre ces rechargements, le SIBA fait appel à une drague aspiratrice en marche « Côtes de Bretagne », de 75 m de longueur avec une capacité de la cale de 1200 m3. Le montant total des travaux avoisine 690 000 € HT cofinancés par l’Europe (FEDER 40%), la Région Nouvelle-Aquitaine (15%), l’Etat (FNADT 15%) et le SIBA (30%).
- Le rechargement des plages Sud de Soulac-sur-Mer par la Communauté de communes médoc atlantique (CCMA) - action prévue pour février/avril 2026
Le littoral Sud de Soulac-sur-Mer est sujet à des phénomènes d’érosion marine parmi les plus intenses des côtes françaises avec des taux d’érosion pouvant atteindre de -4 à -6 m/an en moyenne (près de 30m sur certains secteurs pendant l’hiver 2013- 2014) et pouvant mettre en péril une route départementale et des zones urbanisées. Afin de faire face à cette problématique érosive chronique, la CCMA s’est dotée en 2018 d’une stratégie locale portant un axe de lutte souple contre l’érosion marine par des techniques de rechargements mécaniques à partir de sables extraits de la plage centrale de Soulac-sur-Mer et hydrauliques à partir des sables dragués dans la passe d’entrée en Gironde.
Une première opération de rechargement par voie hydraulique des plages Sud de Soulac-sur-Mer est prévue en 2026 dans le cadre de l’arrêté préfectoral d’autorisation environnementale obtenu le 28 février 2023 et couvrant la période 2023-2032. Le marché de travaux a été attribué fin 2025 à l’entreprise danoise Rohde Nielsen pour un montant de 2,95 millions d’euros HT cofinancés par l’Europe (FEDER 40,02%), la Région Nouvelle-Aquitaine (11,38%), l’Etat (fonds AFITF 5,26%) et la CCMA (43,34%). Deux dragues aspiratrices en marche jumelles (avec une capacité de 2700 m3 en puits chacune) viendront réaliser le chantier. Les travaux débuteront fin février 2026 avec la livraison et l’installation des conduites (immergées et terrestres) permettant le refoulement des sables. Le début du rechargement est prévu pour début avril 2026 avec 3 semaines de chantier (24 heures sur 24, 7 jours sur 7) et un objectif de 200 000 m3 de sables dragués et déposés sur les plages Sud.
- Le rechargement de la Grande plage d’Hendaye par la commune, en lien avec le Département des Pyrénées-Atlantiques - action prévue pour 2026/2027
Espace estuarien situé à l’extrême sud-ouest de la France, la baie de Txingudi marque la frontière avec l’Espagne, entre les communes d’Hendaye, Irun et Hondarribia. Elle constitue l’exutoire du fleuve Bidassoa. Cet estuaire est un système complexe d’interactions entre apports fluviaux, marées atlantiques, conditions météorologiques et activités humaines. Depuis les années 1940, la baie a connu des aménagements successifs : construction des digues françaises rive droite (1947-1978) et espagnoles rive gauche (dès 1950), remblaiement partiel pour la création de l’aérodrome de Fontarabie, aménagement de la plateforme SNCF, mise en place de l’île aux Oiseaux (1981) et construction des ports de plaisance à Hendaye (1981) et Fontarabie (1999). Ces actions ont profondément modifié la dynamique sédimentaire naturelle du site. La cessation des dragages réguliers au niveau du chenal d’accès dans les années 1990 a accentué l'envasement de la baie, posant de nouveaux enjeux de gestion.
Au vu de l’importance de la sédimentation de la baie et après plusieurs années de réflexion, les études ont abouti à la mise en place d’un plan de dragage de la baie sur dix ans (2022-2032, sur 3 zones prioritaires). Le département des Pyrénées-Atlantiques, autorité concédante du domaine portuaire et la ville d’Hendaye, concessionnaire, ont décidé de mettre en place une co-maitrise d’ouvrage pour cette opération de dragage en désignant la commune comme maitre d’ouvrage principal.
Seule l’opération du dragage du chenal d’accès (3 180 000€) est inscrite au sein de la stratégie locale de la Côte Basque car elle vise le refoulement des sédiments sur la Grande plage d’Hendaye. L’action de rechargement sera co-financée de la manière suivante : Europe (FEDER 37%), Région Nouvelle-Aquitaine (13%), Département (20%), Communauté d’agglomération du Pays Basque (10%) et commune d’Hendaye (20%). L’objectif principal du dragage du chenal d’accès est de restaurer une profondeur suffisamment nécessaire pour sécuriser la navigation des bateaux de pêche et de plaisance. Pour cette zone, le dragage sera réalisé par une drague aspiratrice stationnaire. Contrairement aux autres zones, les sédiments extraits ici ne seront pas immergés au large, mais réutilisés pour recharger la Grande plage d’Hendaye, dans le but de compenser la perte de sable et maintenir un profil de plage pour sécuriser les enjeux. Cette opération de rechargement vise à renforcer la protection du littoral contre l’érosion et soutenir l’attractivité touristique du secteur avec le maintien d’une plage sèche. Le sable sera refoulé à travers une conduite flottante puis terrestre, en passant par la digue de Sokoburu. Les sédiments y seront déposés dans les casiers de décantation, puis étalés sur la plage à l’aide de tombereaux. Le volume total de sable à extraire et à réutiliser est estimé à 90 000 m3 par campagne, avec deux campagnes prévues sur dix ans.